Départ Ivre Vers La Mer

Comédiens : Antoine Prudhomme de la Boussinière / Simon Bourgade
Mise en scène : Simon Bourgade
Lumières : Lucien Valle
Scénographie : Alix Sulmont
Dramaturgie : Julien Allavena

« Puisque nous sommes seuls, je vais vous séduire ».

 

C’est le pari fou lancé par Solal à Ariane, une belle et noble jeune fille qui se refuse à lui. Il lui annonce qu’à la suite de son monologue, elle sera sous son charme. Et elle relève le pari... Telle est la trame du chapitre 35 du roman Belle du Seigneur d’Albert Cohen, que nous adaptons à la scène. Car ce que propose Solal à Ariane n’est pas si loin de ce que chaque acteur, sur toutes les scènes du monde, à chaque entrée, se jure implicitement de faire.

Notre pari à nous se fonde sur cette analogie : dans notre spectacle, il n’est plus lancé à Ariane. Ce sont les spectateurs eux-mêmes, bien réels, et différents chaque soir, que Solal (presque seul en scène) défiera. La séduction amoureuse se confond avec l’attrait des spectateurs. l'acteur Solal est sûr de lui, et va jusqu’à les mettre en garde : « Acceptez-vous ? Si vous préférez partir, libre à vous ». Car l’enjeu est loin d’être innocent. L’acteur-Solal ne se contentera pas d’user de séduction ; il en dévoilera dans le même temps tous les rouages, qu’il abhorre ; il fait ce pari fou de dénoncer systématiquement son entreprise de séduction, et de charmer d’autant plus par la même occasion Au cours de son show de virilité conquérante, Solal use de tous les artifices mobilisés d’ordinaire dans la séduction, enchaînant les numéros qui détaillent les ressorts de sa démagogie. Ce sont les onze manèges qui forment ensemble comme un montage des attractions: l’avertissement initial, la démolition du mari, la farce de poésie, l’homme fort, la cruauté, la vulnérabilité, le mépris d’avance, les égards et les compliments, la sexualité implicite, la mise en concurrence, et enfin la déclaration.

Solal est donc plus qu’un simple acteur ; c’est un magicien paradoxal qui déteste son œuvre, et selon un procès qui n’aurait pas déplu à Brecht, ramène brutalement chaque spectateur tenté d’être ébloui à une réalité bien concrète, lui révélant le secret de son tour en même temps qu’il le réalise. Un acteur qui déjoue.

Quel meilleur thème que la séduction pour s’interroger sur nos rapports de genre et de domination ? Notre Solal est un masculiniste de curieuse facture : un homme qui souffre de l’injonction à être un homme, et qui pour autant n’est pas prêt à renoncer à la domination masculine. Il est coincé. Et c’est cette tension qui nous intéresse : nous souhaitons explorer les rouages politiques de cette tension, la dialectique entre assujettissement et subjectivation qu’elle implique.

Prochaines échéances 
Résidence à l'Espace des Arts, Scène Nationale de Chalon-sur-Saône